WWW#32 – Running away – Texte #2

Sans issue

Texte original par Ninefifteen

J’ignore pourquoi, j’ignore comment, mais je sais parfaitement qu’ils ont tué ma mère.

Il faut que je m’enfuie. Maintenant.

Je suis au lycée. Le tournoi annuel de volley vient de se terminer. L’équipe féminine de mon école a gagné; je perçois l’euphorie à travers les clameurs des vainqueurs.

Je ne sais pas pourquoi mais je suis dans la loge spéciale, celle qui surplombe le stade.

Plus exactement, je suis assise dans les toilettes contiguës. Je tremble, tâchant de comprendre ce qui se passe. Je sais que derrière cette porte en face de moi, il y a cette femme et son complice. Elle est grande, fière, avec des cheveux onyx et de fins yeux sombres. Et je sais qu’elle complote quelque chose, bien que j’ignore quoi et pourquoi. Et son complice est un type blond, effrayant, au regard salace.

Je ne les ai pas vus agir, mais je sais qu’ils ont tué ma mère — qui était avec eux et moi avant que j’aille aux toilettes. Et à nouveau, je ne connais ni leurs raisons, ni leurs moyens.

Je n’ai pas le temps de comprendre. Je n’ai pas le temps de réfléchir à tout ça. Pas le temps de me lamenter sur mon sort, pour l’instant je dois juste mettre les voiles. Fuir.

Dehors, tout est silencieux. Les vainqueurs du tournoi sont partis fêter leur victoire ; l’école est vide. Ils m’ont laissée seule avec ces deux monstres.

J’inspire profondément.

Je sors.

Dans la pièce attenante j’attrape mon sac à dos ; une fois en fuite, j’aurai besoin de mes affaires. Je sais que mes ennemis, ces chasseurs sauvages dont je suis la proie, me regardent. Attentivement. Ils ne vont pas me courir après, cependant. Du moins, pas tout de suite.

Alors j’ouvre la porte de la loge, et je m’élance. Devant mes yeux flotte encore leur sourire en coin. Ils pensent à moi comme à une proie. Dans un accès de suprême pitié, ils me laissent un peu d’avance, pour que la chasse soit plus palpitante, que leur sensation de triomphe et leur fierté soient à leur comble. Ils ont tellement confiance en eux qu’ils pensent que je n’arriverai jamais à m’enfuir, et ils s’amusent de ma tentative d’évasion…

Je dois profiter de cette trop grande confiance. Je cours encore et encore ; je descends en trombe d’interminables escaliers en colimaçon, aussi vite que je peux ; je saute les dernières marches de chaque étage, à chaque fois à deux doigts de me rompre le cou.

A force de dévaler cette spirale, j’ai la tête qui tourne. Mon cœur cogne si fort qu’il pourrait exploser à tout moment. Je sens la sueur le long de mon visage, et celle, froide, de la peur le long de mon dos. Mes jambes courent d’elles-mêmes alors que je me concentre sur les bruits que je pourrais percevoir au-delà de ma propre respiration.

Soudain j’entends dans ma propre tête les pensées de la femme que je viens de laisser — ses pensées à mon sujet : “Evidemment, elle va essayer de sortir de là. Elle va se jeter sur les portes d’entrée et on l’attrapera dans la cour…”

La peur me colle à la nuque. Je suis perdue, c’est la fin, si je ne peux même pas prendre l’entrée principale…

Je sais ce qui arrivera s’ils m’attrapent. Le complice de la femme… fera sa petite affaire pendant qu’elle, elle va me regarder et rire et puis ensuite elle va me tuer.

Mon cœur s’emballe, ça fait mal. Je cours si vite que mes poumons brûlent. C’est toute ma poitrine qui brûle ; je suis à bout de souffle ; je vais mourir — j’en viens même à l’espérer : mourir avant qu’ils ne me rattrapent. Et pourtant je continue de courir. Je revois le visage de ce type… oh pitié, je ne veux pas finir entre ces mains hideuses.

J’atteins le rez-de-chaussée. Enfin.

Je m’arrête. Essaie de respirer. Écoute. Aucun bruit de pas. Ils ne me chassent pas encore. Le long des murs, des deux côtés, il y a des portes donnant sur des couloirs vides. Personne. Respire, respire… Réfléchis, réfléchis… La porte d’entrée est devant moi. Une de ces doubles portes qu’on trouve dans les endroits publics, qui ne sont pas conçues pour rester ouvertes sans une cale pour les bloquer. Je donnerais ma vie pour pouvoir la franchir. La panique me lance du fond de mes entrailles “Prends cette porte ! Fous le camp !”

Mauvaise idée. C’est exactement ce qu’ils attendent. Ils me rattraperont.

Respire, respire… Réfléchis, réfléchis…

J’ouvre la porte principale. En grand.

Puis je la relâche, la mort dans l’âme, et tandis qu’elle commence lentement à se refermer, j’ouvre une autre porte, je me glisse dans le corridor et rabats silencieusement le panneau.

Je me tasse dans un recoin sombre. J’attendrai ici. Mon cœur palpite encore et me fait mal et je ne peux toujours pas respirer. La peur consume ma poitrine et me noue les entrailles.

Je me remets à trembler. Si seulement j’étais aussi transparente que les fantômes de mes cauchemars, pour que je puisse traverser les murs… pour qu’ils ne me retrouvent jamais.

La porte d’entrée claque enfin. C’est pour eux le signal qu’ils attendaient — ma sortie dans la cour.

J’entends leurs pas.

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