WWW#41 – Flower – Texte #1

Belle de mai

Au cœur d’un frais bouton et pure ainsi qu’un lys,
De Nature l’enfant, encore frêle et blanche
Avant qu’Hélios en feu lui effleure la hanche,
Elle est promesse aussi d’étés et de délices.

Cette fleur grenadine au charisme certain
Immisce entre les blés son sourire mutin.
Voilà qu’au soleil blond elle offre sa corolle,
Écarlate frisson sous la langueur d’Éole.

Chaque nouveau Printemps la choisit pour compagne,
Parmi les autres fleurs, reines de la campagne ;
Et aussitôt épris mon cœur s’émeut aux larmes.

Hélas la reverdie se fane quand meurt juin ;
Et avec lui s’éteint mon doux baiser carmin,
Volage demoiselle aux adolescents charmes…

Ninefifteen – 280513-200613

Note de l’auteur : avez-vous deviné de quelle fleur il s’agit ? 🙂

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WWW#37 – Out of breath – Texte #3

Finnigan Hawkmoth

Il coulait. Il avait beau essayer de remonter vers la surface, lutter de toutes ses forces — rien à faire, il coulait. A pic, comme une pierre, attiré par l’eau elle-même dans ses abysses.

Il se débattit encore plus fort alors qu’il sentait le froid des profondeurs l’envelopper, comme un cocon délétère, puis s’insinuer en lui. Ses muscles se raidissaient, solides comme des blocs de glace, et le peu d’air qui subsistait dans ses poumons se changeait peu à peu en givre…

Il cessa de s’agiter, acceptant la réalité, et leva la tête vers la surface — il en était maintenant si loin que tout, au-dessus de lui, semblait d’un gris profond comme un orage d’été.

Enfin la dernière bouffée d’air lui échappa comme une délivrance. Continue reading

Featured Challenge #5 – Rain – Texte #4

Sous la pluie

par Ninefifteen

Je suis sous la pluie, seule en rase campagne. Mes vêtements me font comme une seconde peau. Il fait nuit. Deux ou trois fois, j’ai entrevu des phares. Ils ne se sont pas arrêtés en passant à ma hauteur. Mais bon, je les comprends — je suis épuisée, d’assez mauvais poil, et il ne me reste pas un seul centimètre carré de sec. Je dois ressembler à une folle et sentir le vieux chien mouillé… Au loin le tonnerre gronde.

Le vent s’est levé et m’asperge de pluie par rafales. Je ne sais pas quelle heure il est, ni combien de kilomètres il me reste à faire. Je sais seulement où je vais et que j’y vais pour une bonne raison.

Quand j’ai évoqué mon dessein, personne ne m’a soutenue. Tous m’ont dit, encore, que j’étais dingue, qu’il devenait urgent de consulter. Ils ne comprennent pas que tu me manques. Qu’au début j’ai tâché de tenir debout sans toi, mais que peu à peu j’ai perdu l’envie de vivre, l’envie de tout. Je n’avais dans la tête que l’idée de te revoir, même si tout m’en empêchait. Tu es bien trop loin de moi pour que je puisse tenir, trop loin et tu ne peux même pas me rejoindre… Continue reading

Featured challenge #16 – Alternate realities – Texte #1

Bienvenue à la maison

Par Ninefifteen

Lire la partie précédente

Ayla avançait petit à petit sur le parcours imposé par le Léviathan. Elle avait dû résoudre une épreuve de réflexion, sortir d’un labyrinthe et même se battre contre une bête duveteuse dont elle ignorait le nom. Elle n’avait pas le caractère bagarreur de Fawn, mais elle avait fait une exception — elle s’était arrangée pour assommer la créature et passer aussi vite que possible à la plate-forme suivante.

Le vide la mettait toujours extrêmement mal à l’aise, mais les épreuves, la curiosité et surtout la nécessité absolue de retrouver Fawn l’aidaient à en faire abstraction. Elle suivait le chemin sans se poser trop de questions, espérant à chaque nouvelle étape apercevoir sa sœur. Mais lorsqu’elle se laissa glisser sur la sixième plate-forme en contrebas, un dilemme s’offrit à elle.

Pour la première fois, deux directions étaient accessibles. L’angoisse lui saisit le cœur — comment reconnaître à coup sûr celle qui la mènerait à sa sœur ? Continue reading

WWW #30 – Scarf – Text #2

Sépia

Texte original par Ninefifteen

— A… Abigail ? Que… Qu’est-ce que tu fais… ?
— Ce dont on a envie toutes les deux, Mary.
— Tu sais bien qu’on ne peut pas…
— Et alors ?

Abigail se tient face à moi, tout près. Trop près. Ses mains glissent lentement sur ma taille et mes hanches. Elle sourit.

Je sais bien qu’il n’y a personne d’autre ici. Nous sommes au milieu de nulle part, dans l’arrière-cour de la maison de campagne de sa famille. Hazel et Cocoa, ses deux chiens, somnolent paresseusement sous le soleil d’automne. Face à moi, des vignes centenaires s’étendent à perte de vue. Le long de ces terres, des deux côtés, les cimes grêles des plus hauts peupliers que j’aie jamais vus oscillent doucement dans la brise. Leurs dernières feuilles brunes se détachent, tourbillonnent un moment, comme dans une fuite éperdue, mais finalement, délicatement, finissent par retomber au sol.

On n’entend que les pépiements des oiseaux et le murmure du vent ; il n’y a rien d’autre que cet éclatant ciel bleu et le soleil. Continue reading